Home > Sillons solidaires > n° 39 - avril 2025
Sillons solidaires
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EditorialNouveau cycle
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En ce début d'année 2025, dans le Gard comme dans tous les autres départements, le monde agricole français a renouvelé ses représentants au cours des Élections des Chambres d'Agriculture. Nous y avons mis toute notre énergie pendant plusieurs mois, pour faire reconnaître notre projet d'agriculture paysanne et partager notre vision du monde paysan et nos solutions pour sortir de la crise. Au final, le résultat conforte notre position, avec pour le Gard 19,56% et au niveau national 20,35% des voix. Dans notre département, malgré la perte de 2300 paysans en 6 ans, nous récoltons quasiment le même nombre de voix, ce qui en soi est une performance.
Le changement majeur de cette élection est le recul de la FNSEA*, qui passe en dessous des 50%. Alliée aux JA*, elle reste certes le premier syndicat national, elle continue à contrôler la grande majorité du monde agricole français, mais elle n'est plus majoritaire et sa suprématie s'effrite. Malheureusement, cela se fait au profit de la Coordination Rurale (CR). Dans une situation de crise où de nombreux paysans se trouvent dans des situations désespérées, son propos réducteur a trouvé un large écho. Ce discours qui occulte les mécanismes de structuration des prix, les dysfonctionnements des filières, et qui désigne des ennemis des agriculteurs (l'Europe, l'OFB et la Bio), a permis à ce syndicat d'extrême droite, raciste et identitaire de gagner 14 chambres d'agriculture. Nombre de ceux qui ont voté pour la CR nous ont confié que c'est parce "_qu'il gueule le plus fort à la télé_". Autrement dit, un vote pour un syndicat qui comme le Rassemblement National, surfe sur le courant réactionnaire qui balaye nos sociétés occidentales.
Au-delà du résultat, cette campagne nous a montré que malgré notre implantation et notre visibilité, nous avions du mal à être entendu et compris par les paysans à bout économiquement et pour qui le métier perd chaque jour un peu plus de son sens. C'est là à mon sens le défi pour notre syndicat pour les 6 années à venir. Nous sommes force de proposition, nous sommes force de contestation face au monde néo-libéral qui nous broie, à nous maintenant de devenir collectivement force de conviction.
L'exemple de l'abattoir d'Alès nous montre encore une fois que si on laisse faire la FNSEA* et les élus, on va droit à la catastrophe.
Alors continuons notre travail, en regardant ce qu'ont réussi nos voisins ardéchois.
Didier Marion, paysan à Cruviers-Lascours
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